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Un débat public sur la nationalité de Joseph Kabila de plus en plus réclamé

05 mai 2006 - La question de la nationalité congolaise de Joseph Kabila refait surface dans l’opinion publique nationale au Congo. Deux faits sont venus réveiller cette question qui avait occupé les congolais lors de la visite en février 2005 de Monsieur Karel de Gucht, ministre belge des affaires étrangères : il s’agit de la biographie de Joseph Kabila publiée sur le site de la présidence de la république ainsi que les récentes déclarations de Monsieur Etienne Kabila, selon lesquelles Joseph n'aurait pas "une seule goûte de sang congolais". L’opinion tant nationale qu’internationale sait que la question de la nationalité de Joseph Kabila a déjà fait couler beaucoup
           Npam : Joseph Kabila alors garde de corps de Kagame (13 mai 1995)

d’encre et de salive en République Démocratique du Congo. L’on se souvient notamment des notes biographiques des animateurs de la transition au Congo que le ministre belge des affaires étrangères avait mises à la disposition de sa délégation lors de sa visite de février 2005 à Kinshasa. On pouvait lire dans ce texte que Joseph Kabila n’est pas fils biologique de Laurent Désiré Kabila et qu’il serait né de l’union d’un certain Kanambe, un sujet tanzanien et de Mme Marcelline, une tutsie rwandaise. Il y était aussi indiqué que Monsieur Azarias Ruberwa n’était pas rwandais comme on l’a toujours pensé en République Démocratique du Congo, mais qu’il était d’origine burundaise. 

Si la question de la nationalité étrangère (rwandaise ou burundaise) de Monsieur Ruberwa ne pose pas de problème majeur pour autant que tout le monde sait qu’il est un sujet étranger, promu au sommet de l’Etat congolais à la faveur aussi bien de la confusion et de l’aventurisme politique de l’Afdl que du défaitisme et de la complaisance des délégations congolaises au dialogue intercongolais (c’est en fait le dialogue intercongolais qui a organisé, avec son géniteur, les accords de Lusaka, les conditions de l’impuissances de la Rdc), celle de Joseph Kabila en revanche fait couler beaucoup d’encres et de salives. Pour les uns, il est bel et bien congolais, parce que fils de Laurent Kabila, congolais reconnu tel. Pour d’autres au contraire, Joseph Kabila serait un fils adoptif de Laurent Désiré Kabila et qu’il est un tutsi rwandais de sang. Depuis, cette question divise et déchire la classe politique congolaise et peut, aujourd’hui, compromettre le processus électoral en cours et le processus de transition lui-même en y ajoutant une déconvenue en plus pour une transition déjà caractérisée par le cafouillage. 

Il nous semble qu’il s’agit là d’un problème sérieux qu’il ne faut pas traiter à la légère. Pour l’instant, il nous est objectivement difficile de croire aux allégations des politiciens congolais de l’un ou l’autre camp quand on sait que nos hommes politiques n’ont aucune notion d’éthique politique et qu’ils adorent le clientélisme politique. Nos hommes politiques, il faut le reconnaître, se fient généralement de toute moralité, dès lors qu’il y a de l’argent en jeu. Car, chez nous, on fait la politique d’abord pour se faire de l’argent. Ainsi donc, nos politiciens n’ont aucun scrupule. On se souvient encore du fait que, autrefois, les fidèles de Mobutu avaient préféré un certain Kanku à Monseigneur Monsengwo pour diriger la conférence nationale alors même qu’ils savaient que notre cher monsieur Kanku n’avait pas de ressources intellectuelles suffisantes pour présider une assemblée aussi importante que fut la conférence nationale, à cause notamment de sa formation intellectuelle plutôt modeste. C’est sans doute ce constat qui avait fait dire au ministre belge des affaires étrangères que l'Etat "même écrit au minuscule n'existait pas en République Démocratique du Congo". 

C’est fort de cela que nous avons essayé d’analyser la question de la nationalité congolaise de Joseph Kabila et avons estimé que l’on doit ouvrir un débat public sur ce problème. Deux questions nous reviennent toujours à l’esprit à ce sujet. D’une part, nous nous demandons comment la question des origines d’un homme d’une trentaine d’années peut poser problème alors que l’on peut vérifier ses origines sur base de plusieurs indications (les documents de la maternité où il est né, les palmarès des écoles fréquentées, les registres de baptême, le témoignage de la famille élargie de son père comme celle de sa mère, le témoignages des voisins, etc.…). D’autre part, il est difficile d’expliquer le mutisme que l’on observe par rapport à cette question, notamment au regard de certains témoignages apparemment sérieux mettant en doute, voir en cause, la nationalité congolaise de Joseph Kabila. Et l’on peut citer ici le témoignage d’un certain Etienne Kabila qui se trouve être l'aîné des enfants Kabila. On peut aussi citer Monsieur Honoré Ngbanda, qui est tout, sauf imbécile. Ce dernier aborde la question avec la rigueur scientifique que l’on lui reconnaît en donnant force détails et des informations qui ne peuvent laisser indifférent tout esprit épris de souci de cohérence et d’objectivité. 

Dans le même ordre d’idées, un témoin rapporte que jeudi 14 et vendredi 15 Mars 2002, une altercation avait opposé Monsieur Onkekane, alors chef militaire du RCD et Monsieur Mwenze Kongolo, alors ministre congolais en charge de la sécurité, en marge des travaux du dialogue intercongolais (lors des travaux de la commission militaire) au sujet du rôle du Rwanda dans les affaires du Congo. Pour répondre à Mwenze Kongolo qui reprochait au RCD/Goma son inféodation au gouvernement rwandais dont il est le porte parole au Congo, Monsieur Onkekane n’avait pas mis sa langue en poche pour dire à son interlocuteur que leur « chef Joseph Kabila » était aussi un rwandais. Il lui avait dit exactement ceci : « vous n’êtes pas sérieux. N’est-ce pas le Rwanda qui vous a portés au pouvoir? Votre chef Joseph Kabila n’est-il pas un rwandais? Comment conciliez-vous ces deux contradictions? » Curieusement, la réaction de Mwenze Kongolo fut laconique : « moi, je suis congolais », avait-il répondu à Monsieur Ondekane, laissant ainsi libre-court à toutes les interprétations et spéculations sur la nationalité de Joseph Kabila. En son temps et dans un style qui lui est propre, Monsieur Olengankoy avait lui aussi laissé entendre que Joseph Kabila n’était pas congolais. Plusieurs autres sources et personnalités du paysages politique congolais n’hésitent plus à affirmer que Joseph Kabila n’est pas fils biologique de Laurent Désiré Kabila, ce qui signifie en conséquence qu’il n’est pas congolais. Cela signifierait aussi que Monsieur Joseph Kabila n’a pas le droit d’exercer la magistrature suprême dans un pays dont il n’est pas sujet. 

C’est, à notre avis, dans ce contexte qu’il fallait et il faut comprendre le geste du ministre belge des affaires étrangères en février 2005. Il nous semble aussi que toutes les justifications fournies par Monsieur Karel De Gucht à ce sujet, après les indignations de 1+4, étaient politiquement douées et relevaient, à tout bien prendre, du diplomatiquement correct. Il y a en fait lieu de se demander pourquoi orchestrer la rédaction des notes biographiques des dirigeants d’un pays si cela n’obéit pas à un objectif politique donné, surtout que l’on sait que cette façon de faire est une première dans les habitudes diplomatiques. Il appartient donc au peuple congolais en général, aux politiciens congolais en particulier, ainsi qu’ aux autorités judiciaires du pays, de discerner cette démarche prophétique du ministre belge des affaires étrangères et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. En fait, si cette histoire avait eu un tel retentissement dans l’opinion nationale c’est parce qu’elle renvoie à une crainte : celle de se voir diriger par un étranger, ce qui est normalement absurde. Cette crainte a été clairement thématisée dernièrement par le cardinal Etsou quand il dit que les élections constituent une opportunité qui est donnée aux congolais pour arracher le pouvoir des mains des étrangers pour le confier aux congolais.

Ainsi donc, face à toutes ces allégations sur les origines et la nationalité de Joseph Kabila, une disjonction exclusive s’impose : ou bien tous ces gens qui lui contestent la nationalité congolaise sont des imbéciles malveillants (ou des voyous comme il l’avait lui-même confié à Jeune Afrique), alors il faut les considérer comme tels et laisser Joseph Kabila en paix, ou bien ce sont des hommes sérieux dont les propos méritent analyses et attention, alors il faut s’y employer. Car, à l’heure actuelle, rien ne nous
   Kagame evoquant des souvenir 

garantit que Joseph Kabila ne deviendrait pas un jour un officiel rwandais si les choses n’évoluent plus en sa faveur au Congo à l’instar du commandant James Kabarhebe qui était "congolais" entre octobre 1996 et Août 1998 et était même Chef d'état-major général des Forces Armées Congolaise (Fac). Depuis, il est redevenu ce qu’il était avant, c’est-à-dire rwandais, et préside actuellement aux destinées de l’armée rwandaise. 

C’est pourquoi, nous estimons qu’il serait opportun que le parlement inscrive finalement cette question de la nationalité de Joseph Kabila à l’ordre du jour de ses débats, que la presse organise des débats avec les défenseurs de Joseph Kabila et ses détracteurs sur le sujet, pour à la fois éclairer l’opinion et donner la possibilité à l’intéressé de s’expliquer. Nous pensons par ailleurs qu’une filiation de Joseph Kabila par rapport à Laurent Kabila peut être facilement prouvée ou infirmée dès lors que l’on accepte, comme le suggérait Monsieur Honoré Ngbanda, de faire parler les techniques médicales modernes, notamment le prélèvement des empreintes génétiques afin de faire une comparaison d’ADN. Ceci, nous le pensons, pourrait contribuer à assainir l’environnement politique congolais et le processus électoral qui commencent à être pollués par cette question de la nationalité de Joseph Kabila. Cela pourrait contribuer à redorer l’image de notre pays à l’étranger, surtout quand on sait que certains proches du président Gbabo n’hésitent pas à affirmer que Monsieur Ouattara ne peut pas devenir président en Côte d’Ivoire, mais qu’il peut aller en République Démocratique du Congo s’il veut devenir président. Cette ironie de mauvais goût peut donner à croire que notre pays est un dépotoir où n’importe qui peut se dire congolais et prétendre briguer la magistrature suprême. 

Abbé Paul Iwanga Kayita

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