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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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La Rép. Dém. du Congo et ses rentrées : toujours pas grand-chose à attendre 08 septembre 2008 - La rentrée scolaire tarde à devenir effective sur toute l'étendue de notre pays. La rentrée politique n'opérera pas de miracle pour que les grèves à répétition dans la fonction publique trouvent des solutions définitives. Les parlementaires n'ayant pas acquis suffisamment de pouvoir de contrôle sur l'exécutif, leur rentrée ne sera d'aucun secours pour le pays. La majorité de laudateurs veillant à la préservation des privilèges fabuleux de "nouveaux prédateurs" ne changera pas de politique. Donc, en principe, il n'y a pas grand-chose à attendre des rentrées congolaises. La raison du statu quo est simple : la stratégie sur laquelle la gestion de notre pays est fondée depuis les élections de 2006 n'a pas changé d'un seul iota. Nous allons l'expliciter. Comme nous ne cessons de le soutenir, la question majeure qui se pose au Congo n'est pas celle de l'opposition entre les Congolais pessimistes et ceux qui sont optimistes au sujet de l'avenir de notre pays. Non. Elle est celle de l'analyse des faits; d'une analyse froide et informée des faits aidant à tirer des conclusions qui s'imposent. A la mort du député Botheti, François Muamba, député et cadre du MLC, avait fait une sortie médiatique très remarquée. Prenant le journal Le Potentiel à témoin, il avait affirmé que tout le travail abattu par l'Assemblée nationale depuis sa formation jusqu'au moment où il se confiait à ce journal n'avait pas du tout permis des avancées remarquables dans le traitement des questions d'intérêt national. Après lui, Kiakwama Kia Kiziki avait abondé à peu près dans le même sens. Pour sa part, le Ministre près-le Premier Ministre, M. Mayobo, avait dévoilé un secret de polichinelle : des entreprises et des régies financières étatiques pillées, transformées en canards boiteux. Jusqu'à ce jour, aucune sanction judiciaire n'est venue punir le vol perpétré dans ces entreprises et régies financières publiques. Aux dernières nouvelles, certaines d'entre elles étaient sur le point d'être privatisées. Il y a deux jours, un article publié par le journal Le Potentiel décriait la façon dont le budget 2008 a été exécuté. Et pendant que les bandits de grand chemin et autres criminels économiques courent les rues de Kinshasa et celles des autres provinces du Congo, les opposants politiques sont emprisonnés ou menacés d'assassinat. L'insécurité bat son plein chez nous. A l'Est du pays, Malumalu est dépassé par les desseins du CNDP de Nkunda. Entretemps, les fossoyeurs du Congo (Kagame et Museveni) se préparent à y effectuer une promenade de santé. Ces faits et beaucoup d'autres trahissent la façon dont opère "le capitalisme du désastre" chez nous. Il est porté à bout de bras par "les nouveaux prédateurs", "corporatistes" complices des multinationales du Nord ayant transformé le gouvernement et l'Assemblée nationale en des entreprises à but lucratif. Cette métamorphose s'opère aux dépens de la sphère publique et est génératrice d'un appauvrissement anthropologique dont notre pays souffre et risque de souffrir pendant assez longtemps, la sphère publique ayant été privatisée. Liquidation de la sphère publique Si la colonisation avait réussi a sauvegardé la sphère publique, c'est-à-dire l'espace du débat des questions d'intérêt général et de propositions de solutions concertées, M. Mobutu a procédé à sa liquidation. Le premier gouvernement du Congo indépendant a encore eu une chambre des Représentants où le débat entre députés sur les questions communes a pu avoir lieu. (Lire par exemples les annexes du livre de KAMANGA KAMUKENI, Grégoire Kamanga et la province de l'unité Kasaïenne). La liquidation de la sphère publique commence avec sa privatisation par M. Mobutu. En organisation les élections fantaisistes et/ou en nommant qui il voulait où il voulait, M. Mobutu a amorcé le début de la privatisation de la vie publique tout en cultivant la croyance selon laquelle il était le Père de la Nation Zaïroise. Un Père à qui les enfants devaient tout et les enfants à qui lui ne devait rien. Bénéficiant du soutien inconditionnel de "ses amis" occidentaux et des Institutions Financières Internationales, il avait réussi à bêtifier les Zaïrois (es) en en faisant un peuple de danseurs manipulés par une petite bourgeoisie compradore. La conception familiale unitariste du pays (papa bo...moko, mama bo…moko, ekolo bo…moko) propre à Mobutu était tellement infantilisante qu'au plus fort de sa dictature, nous ne nous gênions pas de l'appeler "Papa Maréchal". Cette conception obscurantiste de la gestion politique de la chose publique avait tellement marqué les esprits que "Papa Maréchal" était devenu pour une bonne majorité de Zaïrois "un Dieu" au dessus du bien et du mal. Et il avait sur nous le droit de vie ou de mort. Il arrive qu'une certaine nostalgie pour "les marmites de viande de l'Egypte de Mobutu" fasse dire à certains d'entre nous écrasés par le despotisme obscurantiste de Joseph Kabila : "Même du temps de Mobutu, nous n'avions jamais connu ça. Un petit pays comme le Rwanda ne pouvait pas se jouer de nous." Ces cris nostalgiques cachent mal une vérité historique : les mêmes qui ont protégé Mobutu hier contre les invasions étrangères ont été ceux qui l'ont fragilisé en en faisant une créature de l'histoire au profit du "petit Rwanda". Fermons la parenthèse. Notre Maréchal de Père n'avait pas simplement privatisé la vie publique. Il avait aussi la mainmise sur la vie économique. Il distribuait l'argent du pays par kilo. Jusques vers la fin de sa vie, il a conservé son pouvoir de distributeur d'argent dans ses appartements privés ou sur son bateau. Par sa magie, n'importe qui pouvait devenir riche du jour au lendemain. "Chance ezaliki eloko pamba." Bref, sous Mobutu, le Zaïre c'était Mobutu et ses dinosaures. La sphère publique était réduite à leurs strictes dimensions. (D'où les intimidations du genre "sais-tu qui je suis"?, "je peux te faire coffrer"…) Que Joseph Kabila travaillant avec les Mobutistes (au niveau des services sécuritaires, au gouvernement ou à l'Assemblée nationale) soit comme un poisson dans l'eau, cela n'étonne pas. Ces messieurs et dames sont habitués à l'absence de la sphère publique ou plutôt à sa réduction aux dimensions de leur ego. Le Congo, c'est eux. Joseph Kabila est de nouveau le Papa de tous ces vieux messieurs tournoyant autour de lui…A quelques exceptions près! Deux derniers épisodes L'épisode du différend opposant Kamerhe à Marc Mvwama est l'une des preuves que nous ne sommes pas sortis de l'auberge mobutiste. Tenez. Dans sa réponse à la lettre de Marc Mvwama (publiée par le journal La Prospérité du 27 août 2008), voilà ce Kamerhe écrit : "Selon Madame Mvwama, les souffrances lui imposées par son mari tireraient leur source de son appréciation de mon dynamisme sur le terrain à la suite des images que la télévision avait diffusées sur ma visite à Bukavu à la suite du séisme qui avait brutalement frappé cette ville et ses environs. Invité à donner son point de vue sur les propos de son épouse, l'Honorable Marc Mvwama, devant les membres du Bureau et l'Honorable Mukwakani, n'avait rien dit." Voilà ce dont s'occupent nos députés : leur image à la télévision et le règlement des différends familiaux des membres de l'Assemblée nationale! Pour justifier cette confusion entre les questions d'intérêt public et celles liées à la vie privée, Kamerhe écrit : "En ma qualité du Président de l'Assemblée nationale, je suis sensible aux problèmes des Députés Nationaux en général et des membres du Bureau en particulier." Qui a connu Mobutu lit là les réactions d'un sosie du Père fondateur de la Nation Zaïroise! Il y a pire. Kamerhe voudrait que cette question relevant du domaine privé soit inscrit à l'ordre du jour du Bureau pour la prochaine rentrée parlementaire. Il note : "Je demande au Premier Vice-président de l'Assemblée Nationale, qui me lit en copie, de réunir, dès la rentrée parlementaire et sous sa présidence, le bureau de notre Chambre législative aux fins de confronter l'Honorable Mvwama (pas avec lui mais) avec ses collègues du Bureau (qui sont pour la plupart des rats!) sur ses nombreuses allégations pour lesquelles il les prend à témoin et de faire rapport qu'il transmettra à vous-même (Gizenga) et au Chef de l'Etat." Kamerhe, imitateur de Sarkozy, voit-il son "maître" mettre à l'ordre du jour de l'exécutif ou du Parlement français les questions liées à son sms à Cécilia malgré le débat qu'il a eu là-dessus avec les journalistes? (Et pourtant, Kamerhe semble être considéré comme l'un des plus grands démocrates congolais de l'heure. Au royaume de l'analphabétisme politiques, les menteurs et les manipulateurs ne peuvent être que des rois!) Nous cherchons à copier l'Occident. Nous le copions mal et à nos dépens. Pour rappel, cet Occident que nous copions mal est héritier (entre autres) de la rationalisation du monde de la vie (de sa subdivision en plusieurs sphères) théorisée par Max Weber. Il a appris à faire la différence entre la sphère privée et la sphère publique pour leur meilleure gestion. Il ne traite pas des questions liées aux coups donnés en dessous de la ceinture dans la sphère publique comme le Parlement. A moins que nous voulions inventer la roue en politique… Un autre épisode est celui du contrôle effectué dans les entreprises et régies financières de l'Etat. Le constat du vol et du détournement des deniers publics aurait pu conduire à une proposition de révision du budget gouvernemental à la hausse et au renoncement à la politique économique de la mendicité. Ce constat fait par Mayobo nous convainquait qu'un contrôle régulier de nos entreprises et régies financières publiques peut permettre à l'Etat congolais d'augmenter ses recettes propres et d'assumer ainsi ses fonctions régaliennes à bon escient. Un contrôle régulier des recettes de ces entreprises et régies étatiques pourrait aider le Congo à rompre le cordon ombilical le liant aux institutions financières internationales. Malheureusement, les choses ne semblent pas aller dans ce sens. Au contraire, ce constat du vol et de la corruption aurait prouvé l'incapacité des Congolais à bien gérer. D'où l'option de la privatisation. Les anglo-saxons seraient déjà preneurs. Comme si les paradis fiscaux n'existaient pas en Occident et ne seraient pas entretenus par ces privés friands de la fraude fiscale! Connaître la stratégie Quand nous traitons de ces questions, il arrive que nous ayons en retour les réactions du genre : "Et toi, tu crois que si tu étais placé là où tes compatriotes volent et détournent l'argent, tu ne ferais pas la même chose." Ce relativisme traduisant l'état de déliquescence morale atteint par un certain nombre de nos compatriotes peut aussi être un signe palpable de la paresse intellectuelle dans laquelle se vautrent plusieurs Congolais. Attirés par les miettes de la mangeoire Kabila-Gizenga, ils ont perdu tout sens de l'analyse tant soit peu objective de ce qui se passe chez nous et de ses fondements. Depuis le jour où le duo Kabila-Gizenga a pris le pouvoir jusqu'à aujourd'hui, il s'est inscrit dans l'orientation politico-économique néo-libérale. Le despotisme obscurantiste pratiqué par Joseph Kabila est fondé sur "la trinité stratégique" néo-libérale ayant pour substance l'élimination de la sphère publique, la déréglementation totale des entreprises (privatisées) et la réduction draconiennes des dépenses publiques. Tous les budgets sont votés en fonction de cette "trinité stratégique". Donc, les grèves dans l'enseignement et dans les autres domaines de la vie publique n'y changeront rien. (A moins qu'elles fassent tomber le duo!) Elles peuvent encore arracher quelques miettes de l'argent récolté par les bénéficiaires de la stratégie pour des solutions provisoires. Mais ces solutions provisoires ne sont pas des précautions sérieuses contre les maladies endémiques, l'appauvrissement des masses populaires, l'annihilation de la famille comme première sphère éducative et la production des analphabètes corvéables à merci. Elles donnent et entretiennent l'illusion que l'Etat assume comme il se doit ses fonctions régaliennes. Entretemps, "les nouveaux prédateurs" ont réussi à se convertir en "corporatistes" complices des multi- et transnationales pillant le pays. Eux s'enrichissent aux dépens des autres membres de la société. Ils font des appels des marchés, ils signent des contrats léonins et touchent des commissions mirobolantes liées à toute cette entreprise. Ils transforment les institutions étatiques en entreprises à but lucratif. (Nos compatriotes ayant lu le texte de Licoco traitant des émoluments des députés peuvent comprendre ce dont il est question.) Qu'est-ce qui se passerait réellement? "Loin de soustraire les marchés aux griffes de l'Etat, ces membres de l'élite politique et commerciale se contentent de fusionner leurs activités et de s'échanger des faveurs afin de s'approprier les précieuses ressources qui appartenaient jusque-là au domaine public (…)." (N. KLEIN, La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre, Actes du Sud, 2008, p. 26) Ainsi, les individus deviennent-ils plus riches chez nous que l'Etat. Ils construisent des beaux domaines privés et roulent en de belles bagnoles pendant que le domaine public se meurt : pas de routes, pas de voies ferrées, pas de locaux convenables pour l'administration, pas de transport en commun, etc. Les frontières entre le gouvernement et l'entreprise privée sont allègrement franchies. Ce système "corporatiste" "se caractérise au premier chef par d'immenses transferts de ressources publiques vers le secteur privé, démarche qui s'accompagne souvent d'une explosion de l'endettement, d'un accroissement de l'écart entre les riches à outrance et les pauvres sans importance et d'un nationalisme exacerbé qui justifie des dépenses colossales dans le domaine de la sécurité." (Ibidem) Cette stratégie prospère là où sévissent la peur et le désordre. La guerre et l'insécurité permanentes la servent. Les emprisonnements, les assassinats ciblés, les rétrécissements des libertés civiles, la torture et le terrorisme d'Etat sont les méthodes servant à l'entretien de cette stratégie. Les anglo-saxons la connaissent par cœur. Ils utilisent les institutions internationales (comme l'O.NU.) et les organisations humanitaires pour sa survie. Chez nous, pour que les prochaines rentrées soient bénéfiques à nos populations, la stratégie susmentionnée doit être reconvertie en une autre, pouvant promouvoir le bonheur collectif. Or le gouvernement congolais et l'Assemblée Nationale ont été convertis en entreprises à but lucratif par "les nouveaux prédateurs" et "les dinosaures mobutistes" qui y siègent. Ils obéissent aux diktats du Consensus de Washington : privatisation tous azimuts, déréglementation et réduction draconienne des dépenses publiques. Par quelle magie allons-nous sortir de l'auberge? Nous ne voyons pas. Ces choses ne se savent pas à la première fréquentation de l'Internet. Non. Il faut les étudier pour les connaître. Elles ne s'apprennent pas dans "les églises du sommeil". Dieu n'a rien à voir avec l'égoïsme exacerbé de "nouveaux riches". Quand ces choses ne sont pas connues, l'envoûtement des esprits et des cœurs, l'ignorance et la bêtise poussent à croire que les cinq chantiers de Joseph Kabila ébranleront les fondements de "la stratégie du capitalisme du désastre" ou que Malumalu mettra fin à la guerre de l'Est. Non. Nous traversons une très mauvaise passe. Sans une rupture refondatrice de l'ordre politique actuel, nous n'irons nulle part. Pour longtemps. J.-P. Mbelu |
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