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Hillary Clinton - Barak Obama : un modèle de réconciliation interne pour l'Udps

08 septembre 2008 - L'unité récréée au sein de l'UDPS par la réconciliation du Président du Comité National et le Premier Vice-président du Comité Organisateur du Congrès constitue l'une de grandes réalisations politiques de ce parti politique au regard de son histoire mouvementée. Plus d'un observateur de la scène politique congolaise croit avoir décelée dans le geste ayant conduit à cette réconciliation une expression de la maturité et de la sagesse des cadres dirigeant l'UDPS. Et plus particulièrement du Président National militant pour une lutte politique cimentant l'unité du parti. Néanmoins, cette réconciliation ne cesse de poser des questions chez une certaine catégorie de nos compatriotes un peu sceptiques sur la sincérité ladite réconciliation. Ils n'hésitent pas à y lire un feu de paille incapable de résister aux bourrasques des appétits de pouvoir de ces mêmes cadres qui, après avoir critiqué vertement le système politique congolais issu de l'AFDL, sont prêts à verser dans l'amnésie en rejoignant le train conduit par Joseph Kabila à travers les élections locales. 

Aux dernières informations, deux camps se seraient encore créés divisant ceux qui sont pour et ceux qui sont contre les élections locales. D'autres compatriotes, par ailleurs, posent la question de savoir jusqu'où peut aller l'UDPS dans cette démarche de réconciliation. A la veille de son Congrès, ces compatriotes estiment que le parti cher à Etienne Tshisekedi ferait montre de plus de sagesse en ouvrant ses bras à ses "enfants prodigues" que l'errance politique a conduit loin de la maison-mère sans qu'ils aient perdu, pour autant, le sens de la lutte démocratique que mène ce parti depuis plus de vingt ans.

Dans le présent article, nous voulons, tout en restant attentif à l'actualité internationale, livrer notre lecture de la gestion de toutes ces questions soulevées après la réconciliation de l'aile de Valentin Mubake et celle de Beltchika Kalubie. Notre souhait est que ce grand parti politique aiguise son sens de l'écoute et devienne de plus en plus capable, avec les autres partis politiques congolais, de proposer une alternative crédible à la navigation à vue dont souffre la gestion hasardeuse de la chose publique chez nous.

L'actualité internationale est dominée ces derniers temps (à tort ou à raison?) par les préliminaires de la campagne électorale américaine. Les démocrates et les républicains ont fini par choisir leur unique candidat aux présidentielles de novembre. Dans le camp des démocrates, la réconciliation publique de Hillary Clinton (du bout des lèvres?) et de Barack Obama a frappé certains esprits (naïfs?). Ces deux présidentiables démocrates ont su, publiquement, à la Convention démocrate, dépasser la virulence des attaques de l'un à l'endroit l'autre lors des primaires. Il est possible que la théâtralisation de la politique américaine induise en erreur les observateurs naïfs de la scène politique internationale. N'empêche que le geste de soutien de Hilary Clinton (et de son époux) à Barak Obama soit interprété comme le résultat de l'effort de dépassement fourni par ces deux politiques partageant fondamentalement les mêmes orientations majeures de leur parti, leur projet de société commun. Leur accord autour de ces orientations majeures de leur parti n'excluait pas un désaccord éventuel dans leur approche individuelle de leur réalisation. 

Pour dire les choses autrement, les principes de base sur lesquels Barack Obama et Hillary Clinton comptaient diriger les U.S.A. sont les mêmes. Leur désaccord dans l'approche individuelle de ces principes portait en lui la possibilité d'une réconciliation de ces deux individus malgré le choix discriminatoire des électeurs démocrates. En d'autres termes, l'unité autour des mêmes principes de gestion des U.S.A. a facilité le dépassement du désaccord lié à leur approche individuelle. Sans préjuger de l'éthicité de ces principes, nous estimons qu'il y a, dans cette façon de procéder, des leçons à apprendre chez les politiciens de l'UDPS en particulier et chez politiciens congolais en général. L'accent mis par les Américains sur les principes, sur le projet de société cimente leur unité malgré les divergences. L'essentiel de ces principes est plus ou moins maîtrisé par les acteurs majeurs et les militants. Les démocrates le déclinent en quelques mots : permettre aux enfants d'aller à l'école depuis la maternelle jusqu'à l'école secondaire, permettre aux Américains d'avoir accès aux soins médicaux, rompre avec l'unilatéralisme dans la gestion des affaires internationales, etc. L'avenir heureux (?) de leurs compatriotes constitue, en principe, le leitmotiv de leur campagne électorale. Il y a comme un consensus qu'ils dégagent autour de l'existence des institutions fortes pouvant subsister au passage de leurs animateurs.

L'UDPS se réconciliera-t-elle avec ses filles et fils d'hier et d'aujourd'hui?

Dans un pays composé majoritairement des analphabètes politiques comme le Congo, faire de la publicité des orientations majeures des partis politiques et de leurs projets de société devrait être la préoccupation fondamentale de ces partis. A temps et à contretemps. Cela traduirait le souci de ces partis de politiser nos populations. Politisation sans laquelle aucune révolution ne pourrait être possible. Cette politisation ne devrait pas attendre l'approche des élections. Elle devrait être une part importante du "modus vivendi" de nos partis politiques. Mais jusqu'à ce jour, la quête du vedettariat semble l'emporter sur la campagne idéologique. Le débat sur les individus prend trop de place dans l'espace politique congolais. L'UDPS, pendant tout un temps, malgré les efforts déployés pour que son idéologie soit connue dans les provinces, a mis, sur le devant de la scène, certains cadres. Soit pour les idolâtrer, soit pour les diaboliser, soit pour demander leur arbitrage. Grand parti politique, saura-t-elle, en signant la réconciliation entre l'aile Mubake et l'aile Beltchika, persévérer sur la voie de la réconciliation? Après une période d'intense diabolisation de certains cadres, ce parti historique du Congo ne ferait-il pas un grand pas en ouvrant ses portes à "ses enfants prodigues", en réhabilitant certains d'entre eux qu'il a froissé hier? Non pas pour applaudir à leur débauchage politique ou pour tomber dans une impuissante culpabilisation. Mais battre sa couple et accueillir la bêtise et les faux-pas comme faisant partie de la fragilité, de la vulnérabilité et de l'errance de tout être humain.

Sans renoncer au sens de la discipline et du respect des textes fondateurs du parti, elle poserait un grand geste d'humilité et de pardon à la veille d'un Congrès accueillant en son sein tous ses fils et toutes ses filles, d'hier et d'aujourd'hui, désireux de renter à la maison et de peser sur le destin de notre grand et beau pays. Elle déciderait des critères de ce Grand Retour en sauvant l'essentiel : les retrouvailles autour des orientations majeures de ce parti et de son projet de son société de tous ses enfants que la misère, la lâcheté, la trahison et le goût du lucre auraient conduit "à manger la nourriture des porcs". Prôner la réconciliation de tous les Congolais sans faire le premier pas dans sa propre maison serait un contre-témoignage pour le parti cher à Tshipamba Mpuila. De toutes les façons, le prochain Congrès de l'UDPS étant celui de tous les Congolais, comme ne cessent de le soutenir ses cadres, elle y irait en ordre utile en reprenant ses filles et fils désireux de se réconcilier avec elle. De manière permanente.

Et si d'autres divisions surgissaient?

La réconciliation n'est pas, une fois pour toutes, un antidote contre d'éventuels désaccords et divisions. Si les divisions sont diaboliques, c'est-à-dire provocatrices de la dispersion des membres d'une même maison au point de provoquer sa perte, le désaccord peut être fondateur d'un autre avenir. Pour être concret, il semble que la participation aux prochaines élections locales serait en train de créer de nouvelles fissures dans la maison UDPS. Au lieu que ces fissures deviennent diaboliques, cette question pourrait faire partie d'un grand débat ouvert au sein de ce parti. Un débat pouvant lui permettre de réajuster le tir s'il le faut. Sans peur de moqueries. Il est possible que cette question en cache une autre : "De quel droit l'UDPS doit-elle laisser "le conglomérat d'aventuriers" actuellement au pouvoir "manger l'argent comme on mange les arachides" sans qu'elle pense à participer au festin?

Cette question bassement matérielle trahit la difficulté qu'il y a à militer pendant longtemps dans un parti politique sans accès au minimum de conditions matérielles pouvant soutenir la lutte. De toutes les façons, un parti politique n'est pas une O.N.G. vantant le bénévolat et les sacrifices sans récompense de ses militants. Si chaque parti politique a ses idéalistes ou ses utopistes prêts au sacrifice suprême pour que triomphe l'idéal fondant leur lutte, plusieurs partis sont composés majoritairement d'opportunistes et d'autres carriéristes à la recherche ou d'un emploi ou d'une mangeoire au travers de la militance. (Ce n'est pas l'idéal mais c'est comme ça!) Et puis, il peut se faire que lesdits idéalistes soient soupçonnés (à tort ou à raison) comme bénéficiant de grands soutiens matériels au grand dam "des petits militants". La poursuite de la lutte en commun peut pâtir de ces soupçons et inciter au débauchage. C'est d'un. De deux, si après avoir qualifié le système ayant conduit aux élections dont sont issues les institutions actuelles de conflictogène, de criminel et de criminogène, certains membres estiment qu'ils peuvent l'influencer en occupant les postes de direction des institutions locales, en gérant au quotidien ces petites entités que sont les communes et les secteurs de nos provinces, pourquoi ne pas leur laisser la chance de tenter sans qu'ils deviennent pour le parti des brebis galeuses? La lutte du parti se poursuivrait sur deux plans : à l'intérieur et à l'extérieur des institutions. Il est possible que l'UDPS puisse en tirer profit un jour.

Mais, si de manière unanime, le parti décide de se préparer aux autres échéances électorales pour des motifs de cohérence dans la gestion de ses ambitions politiques, il pourrait persévérer dans son travail de politisation de nos populations en dehors des institutions actuelles. Sans honte. La peur d'entendre "les apprentis sorciers" qui sont au pouvoir aujourd'hui dire : "Nous avions soutenu que le train est en marche. Ceux et celles qui veulent le rejoindre le feront sans que nous puissions l'arrêter" peut fausser l'appréciation de la marche politique de notre pays. A moins que surgisse avant 2011 un Congolais Lambda ou un collectif de résistants Congolais pour mettre fin à l'ordre politique actuel, il n'est pas exclu que d'autres stratégies de l'occupation de l'espace politique congolais soient étudiées et mises en pratique, dont celle de l'infiltration de toutes les institutions du pays par les forces du changement. En attendant, l'important est que les débats autour de ces stratégies évitent le plus possible le recours à l'argument d'autorité, au musellement des contradicteurs et fasse suffisamment de place à l'écoute mutuelle et au désaccord fondateur.

De toutes les façons, l'UDPS gagnerait en revoyant ses méthodes de lutte, de gestion des biens et des personnes en assumant à bon escient, si elle veut être encore crédible, son rôle de fille aînée de l'opposition congolaise. Un véritable "mwan'a bute" oriente, donne le ton, accepte le renoncement, opte pour le don de soi en sachant qu'il peut être sans réciprocité. Son autorité, elle le met au service de tout ce qui donne la vie, la fait croître, l'augmente. Sa sagesse et son sens élevé de responsabilité le distingue des "ban'a bute bipungulu"…A travers tout ce que le parti cher à Etienne Tshisekedi entreprend, il y a comme en écho, cet appel à l'éthique de responsabilité "des aînés"…déprise de tout nombrilisme et de toute autosatisfaction esthétique.

J.-P. Mbelu
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