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le district du Sankuru, au nord du Kasaï, Patrice Lumumba est le
cadet d'une famille de quatre enfants vivant pauvrement de revenus
agricoles, amputés par les impôts de l'administration coloniale.
Il va à l'école missionnaire catholique où il a été baptisé.
Il travaille si bien qu’il abandonne les missionnaires catholiques
pour passer dans une école protestante, tenue par des Suédois. En
1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, il est déjà un de
ceux qu’on appelle les "évolués", une minorité
d’individus ayant bénéficié d’une éducation
"moderne" et intellectuellement privilégiés. Il faut
pourtant attendre les années cinquante et la découverte des villes
- Stanleyville, future Kisangani, et Léopoldville, aujourd'hui
Kinshasa - pour que l'adolescent, puis l'adulte, entré dans
l'administration des postes et marqué par le racisme ambiant,
commence à rêver d'indépendance et à militer activement au sein
des associations des« évolués », embryon d'une première élite
africaine.
Il commence, très tôt, à s’intéresser
à la politique. Après avoir suivi avec beaucoup d'attentions la décolonisation
de l'Inde, en 1948, le vent des indépendances qui secoue l'Afrique
au début des années 50 (Lybie en 1951, Maroc, Soudan et Tunisie en
1956, Ghana en 1957 et Guinée en 1958) ne laisse pas le
syndicaliste Lumumba indifférent. En septembre
1954, il reçoit sa carte "d’immatriculé" : le détenteur
de cette carte qui est une invention de l’administration coloniale
est supposé vivre à "l’européenne", avoir de bonnes mœurs
et de bonnes conduites. 217 cartes seront distribuées jusqu’en
1958 (sur 13 millions de congolais!). En 1955, Lumumba qui écrit
depuis 1951 dans divers journaux existants crée une association
L’APIC (association du personnel indigène de la colonie),
profitant du relatif espace de liberté laissée par
l’administration coloniale dans le domaine associatif, qui est
apolitique. Il participe, En 1956, à
la conférence du mouvement des Non-Alignés de Bandoeng en qualité
d'observateur. En octobre 1958, Lumumba fonde le Mouvement national
congolais (unique parti à caractère national à l'époque), avec
Stanleyville (Kisangani) comme fief. Lumumba participe la même année
à la conférence d'Accra et prend contact avec les personnalités
les plus influentes du monde africain, comme Kwamé N'Krumah et
Nasser. Dès lors, l'indépendance du Congo belge devient inévitable.
A la suite des émeute du 4 janvier 1959, sur la place de la
Victoire, à Kinshasa, le Roi Baudouin 1er promet, dans une
allocution radiodiffusée, le 13 janvier 1959, "de conduire,
sans atermoiements funestes mais sans précipitation inconsidérée
les populations congolaises à l'indépendance, dans la prospérité
et la paix".
En octobre 1959, le MNC organise une réunion
unitaire à Stanleyville avec d’autres partis qui sont d’accord
pour réclamer l’indépendance immédiate et inconditionnelle. La
foule congolaise qui assiste à la réunion manifeste son
approbation. Les forces de l’ordre interviennent, essayant d’arrêter
Lumumba. Ne pouvant y arriver, elles tirent dans le tas, faisant 30
morts. Deux jours plus tard, Lumumba est arrêté pour avoir appelé
à la désobéissance civile et au boycott des élections organisées
par le pouvoir colonial tant qu’une décision n’est pas prise
pour la formation d’un gouvernement congolais. Le procès se déroule
du 18 au 21 janvier, et il est condamné à 6 mois de prison. Début
1960, le 11 janvier, une table ronde réunissant les différents
acteurs congolais impliqués dans l’indépendance et le
gouvernement belge est prévue pour...le 20. Lumumba qui est
toujours emprisonné ne peut donc y participer. Les délégués du
MNC refusent de participer aux travaux en l'absence de leur leader.
Malgré les oppositions internes, les différentes parties
congolaises en présence exigent la participation de Lumumba à la
conférence. Ce dernier arrive à Bruxelles le 26. A la table ronde,
la date de l’indépendance est fixée au 30 juin et les congolais
sont les premiers surpris de ce succès qu’ils n’attendaient
pas. En mai 1960, les élections législatives sont remportées par
le MNC (Mouvement National Congolais), présidé par Lumumba, qui
devient ainsi le tout premier Premier ministre et chef du
gouvernement, tandis que Kasa-Vubu
est désigné Président de la République par le Sénat du jeune
Etat dont l'indépendance est proclamé le 30 juin 1960. Le premier
ministre Lumumba préconise la préparation de l’élite à assurer
les affaires publiques afin de gagner l'indépendance économique,
à continuer le processus de démocratisation, à implanter la déclaration
des droits de l’homme et à sortir du néocolonialisme par la
non-violence. Le 11 juillet 1960, aidé par les parachutistes
belges, Moïse Tshombe, proclame la sécession du Katanga. Le 9 août
1960, Kalonji Mulopwe (l'ami personnel de Tshombe) annonce la sécession
du Sud-Kasaï. Lumumba et Kasa-Vubu en appellent aux Nations unies
qui envoient des casques bleus pour assurer la paix. Lumumba rompt
les relations diplomatiques avec la Belgique.
Après son voyage aux États-Unis et au Canada, pour la troisième résolution
du conseil de sécurité sur le Congo, Lumumba somme les Nations
unies à réduire la sécession katangaise. En septembre 1960,
Kasa-Vubu révoque Lumumba. Ce dernier juge illégal et nul le geste
du président de République, avant de le révoquer a son tour. Le
colonel Mobutu, alors chef
d'Etat-Major général des Forces armées (nommé à ce poste par
Lumumba), fera son tout premier coup d'Etat militaire en déclassant
Kasa-Vubu et Lumumba pour installer un gouvernement des Secrétaires
généraux. En décembre il fait arrêter Lumumba qui est transféré
au camp militaire de Thysville (Mbanza Ngungu). Le 17 janvier 1961,
Lumumba est placé dans un avion et envoyé à Bakwanga, escorté
par Mukamba et Kandolo, pour son élimination physique par son
ennemi Kalonji. Ce dernier ayant refusé à l'avion d'atterrir,
Lumumba est transféré au Katanga ou il sera exécuté le soir même.
Le lendemain, une opération sera menée pour faire disparaître les
restes de la victime. Le 14 février 1961, Tshombe déclara que
Lumumba venait d'être abattu, ce jour-là, à la suite d'une
tentative d'évasion de la prison d'Elizabethville, lui et ses
compagnons. Les jours suivants, plusieurs lumumbistes, ou des gens
pris pour tels, seront exécutés, un peu partout à travers le
pays.
Lumumba était détesté de son vivant aussi bien par les puissances
occidentales, qui l'accusaient d'être communiste, que par leurs
pantins, leaders politiques congolais. Mais, il fut unanimement
regretté après sa mort. Un symbole anticolonialiste venait de
mourir. Cela fit un tel scandale au pays et dans le monde que Mobutu,
celui-là même qui l'a livré, le proclama, en 1966, héros
national.
Lumumba fut le symbole de la lutte
anti-coloniale.
Il désirait instaurer pour le futur Congo indépendant:
- L'unité nationale congolaise
- Le pluralisme politique
- partisan du panafricanisme et du non alignement.
La mort de Patrice Lumumba : Chronologie
23 juin 1960 : M. Lumumba présente son gouvernement d’union
nationale à la Chambre. L’investiture est votée par 74 voix sur
137 membres.
24 juin 1960 : Investiture au Sénat par 60 voix contre 12
et 8 abstentions.
29 juin 1960 : Signature du traité d’amitié avec la
Belgique.
12 juillet 1960 : Premier appel du président Kasa-Vubu et
Lumumba à l’aide militaire de l’Onu.
14 juillet 1960 : Décision commune de Kasa-Vubu et Lumumba
concernant la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique.
5 septembre 1960. Rupture entre le chef de l’Etat Kasa-Vubu et
le Premier ministre Lumumba.
12 septembre 1960. Arrestation de Premier ministre Lumumba par la
gendarmerie suivie d’une mise en liberté sur ordre du commandant
de l’Anc.
14 décembre 1960. Neutralisation des chefs politiques par le
colonel Mobutu. Menacé par des militaires baluba du Kasai, Lumumba
sollicite la protection de l’Onu. Le même jour, Kasa-Vubu et
Iléo prient l’Onuc d’arrêter M. Lumumba. L’Onuc s’y
refuse.
19 septembre 1960. Proclamation du Collège des Commissaires.
Echec des essais de réconciliation entre Kasa-Vubu et Lumumba.
10 octobre 1960. Lumumba est obligé de se terrer dans sa
Résidence (contrôle Anc et protection de l’Onuc). Des
représentants de l’Anc produisent à l’Onuc un mandat d’arrêt
contre Patrice Lumumba, député).
11 octobre 1960. Arrestation de M. Finant, président du
gouvernement provincial de la province Orientale par l’Anc,
Mobutu. L’Anc tente d’arrêter Lumumba à Léopoldville.
14 octobre 1960. Arrivée de Gizenga à Stanleyville.
12-13 novembre 1960. Gizenga contrôle la situation à
Stanleyville.
27 novembre 1960. Lumumba quitte sa résidence de Léopoldville
vers 22 heures, annonce « un voyage à caractère strictement
familial de durée limitée » et cherche à gagner
Stanleyville. MM. Gbenye, Mbuy, Mpolo, Kashamura, Okito, Mujanay
quittent Léopoldville au cours de la même nuit.
29 novembre 1960. La présence de Lumumba est signalée dans la
région de Kikwit. Les recherches sont dirigées par M. Gilbert
Pongo, inspecteur de la sûreté, qui bénéfice d’un avion
piloté par un spécialiste des vols de reconnaissance à basse
altitude.
30 novembre – 1er décembre 1960. Arrestation des compagnons de
fuite de Lumumba, puis du Premier ministre, près de Mweka; avec l’appui
de l’administration territoriale locale. Les militaires de
Port-Francqui (Ilebo) envoyés à Bulona-Mweka menacent de tuer leur
prisonnier si Léopoldville ne les prend pas en charge dans les
quatorze heures. Invité à transférer M. Lumumba au Katanga, Pongo
applique les instructions de son chef, Nendaka, et assure le
transfert à Léopoldville. Avant le transfert, les prisonniers sont
molestés.
5 décembre 1960. A 17 heures, un avion d’Air Congo débarque
Lumumba et ses compagnons à Ndjili. Maltraités par des soldats et
par des témoins les prisonniers sont conduits au camp Kokolo.
3 décembre 1960. Transfert des prisonniers au camp Hardy à
Thsysville (Bas-Congo) sous forte escorte; intervention de M.
Hammarskjöld (secrétaire général de l’Onu) auprès de M.
Kasa-Vubu (répétée le 5 décembre) pour le respect de la
légalité et des règles universelles d’humanité dans l’affaire
Lumumba.
7 décembre 1960. Dans sa réponse à M. Dag Hammarskjöld,
Kasa-Vubu promet un déroulement correct du procès de Lumumba et
prie les pays étrangers de « cesser toute campagne, toute
agitation, toute intervention en faveur de Lumumba ».
4 janvier 1961. Lettre de Lumumba à Dayal de l’Onu décrivant
« les conditions absolument impossibles et contraires à la
loi » de sa détention.
8 janvier 1961. Pongo, prisonnier à Stanleyville, propose l’échange
des militaires de l’Anc-Mobutu prisonniers et de lui-même contre
la libération de MM Lumumba, Fataki et Finant. L’autorité civile
locale de Thysville souhaite un transfert de M. Lumumba vers une
autre localité.
9 janvier 1961. A Léopoldville, projet de transfert de Lumumba
au fort de Singa (Boma).
13 janvier 1961. Remous parmi les mitaires de Thysville pour une
question de soldes. MM. Kasa-Vubu, Bomboko, Nendaka et le colonel
Mobutu se rendent sur place. Les prisonniers (sauf M. Lumumba)
manifestent pour voir le chef de l’Etat et parviennent à sortir
momentanément des pièces où ils sont enfermés. Lumumba reste
dans sa cellule. Selon certains témoignages, celle-ci aurait été
ouverte par un militaire, mais l’agitation qui régnait dans le
camp et la présence de groupes hostiles persuadèrent Lumumba de ne
pas la quitter.
17 janvier 1961 : Assassinat de Patrice-Emery Lumumba et ses
compagnons
SOURCES DIVERSES
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de Lumumba | Hymne à Lumumba | Ludo
Martens : Lumumba n'était pas communiste... | Rapport
du parlement belge sur la mort de Lumumba | Victor
Nendaka : "Les ordres du Président Kasavubu ont été changés
à deux reprises" | La mort du Secrétaire
général de l’Onu au rendez-vous avec Tshombe | Deux
délégations congolaises à l’Onu en 1960 : celle de
Kasa-Vubu et celle de Lumumba | Biographie
de Pierre Mulele |
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